
Le retrait militaire américain en Allemagne prend forme. Washington va réduire sa présence d’environ 5 000 soldats d’ici un an. L’annonce du Pentagone suscite une inquiétude immédiate au sein de l’Otan, mais aussi dans les rangs du propre parti de Donald Trump.
L’Otan face au retrait militaire américain en Allemagne
L’alliance atlantique a choisi la prudence. Une porte-parole de l’Otan a indiqué samedi que l’organisation « travaille » avec les États-Unis pour « mieux comprendre » la décision annoncée la veille par le Pentagone. Aucune condamnation formelle. Une demande de clarification.
Le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, avait confirmé vendredi le plan : réduire d’environ 15 % les effectifs américains stationnés en Allemagne dans les « six à douze prochains mois ». Cela représente quelque 5 000 soldats retirés sur les 36 000 actuellement présents dans le pays.
Le retrait constitue une réduction substantielle mais partielle d’une présence militaire qui reste, à ce stade, l’une des plus importantes des États-Unis en Europe.
Les chiffres et le calendrier d’un désengagement annoncé
Le mouvement de retrait pourrait dépasser le seul cas allemand. Jeudi, Donald Trump avait évoqué une possible réduction des forces américaines en Italie et en Espagne. Fin 2025, ces deux pays accueillaient respectivement 12 662 et 3 814 soldats américains, selon des chiffres officiels américains.
En parallèle, le président américain a annoncé vendredi son intention de relever à 25 % « la semaine prochaine » les droits de douane sur les véhicules importés aux États-Unis depuis l’Union européenne. Une décision qui frappe en priorité l’industrie automobile allemande, dont les exportations vers les États-Unis sont considérables.
Les deux annonces — retrait militaire et hausse tarifaire — dessinent un double front de pression sur Berlin en l’espace de quarante-huit heures.
Le contexte : une semaine de frictions entre Washington et Berlin
La décision de Washington ne surgit pas du vide. Elle s’inscrit dans une séquence rapide de tensions entre les deux pays, déclenchée lundi par des propos du chancelier allemand Friedrich Merz.
Merz avait estimé que « les Américains (n’avaient) visiblement aucune stratégie » en Iran et que Téhéran « humiliait » la première puissance mondiale. Ces déclarations intervenaient alors que Donald Trump mène depuis fin février une offensive militaire contre la République islamique aux côtés d’Israël.
La réponse de Trump n’avait pas tardé. Mardi, le président américain avait attaqué directement : « Friedrich Merz pense que c’est OK que l’Iran se dote de l’arme nucléaire. Il ne sait pas de quoi il parle ! » Jeudi, le chancelier allemand avait appelé à « un partenariat transatlantique fiable », sans répondre directement aux attaques.
Plus généralement, Trump reproche à ses alliés européens traditionnels un manque de soutien dans sa politique iranienne. L’Allemagne, par ses prises de position et son poids économique, représente la cible la plus visible de cette frustration.
Sur les droits de douane automobiles, Trump reproche à l’UE de ne pas respecter l’accord commercial conclu l’été dernier. Washington estime que le bloc des 27 tarde à mettre en œuvre ses engagements. L’UE, pour sa part, rappelle que le processus de validation « n’est pas encore arrivé à son terme » et qu’elle respecte « les pratiques législatives habituelles ».
Retrait militaire américain en Allemagne : réactions et mises en garde
L’annonce a traversé les clivages partisans aux États-Unis. Les deux présidents républicains des commissions parlementaires des forces armées — à la Chambre et au Sénat — ont exprimé un désaccord direct avec la Maison-Blanche.
Mike Rogers et Roger Wicker, membres du camp de Donald Trump, se disent « très inquiets » de la décision et du « mauvais signal envoyé à Vladimir Poutine ». Dans un communiqué commun, ils développent leur mise en garde : « Même si les alliés vont vers des dépenses de défense à 5 % de leur PIB, la concrétisation de cet investissement (…) prendra du temps. Réduire prématurément la présence américaine en Europe avant que ces moyens soient pleinement opérationnels risque de fragiliser la dissuasion. »
Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a réagi avec une résignation mesurée. « Que des troupes des États-Unis se retirent d’Europe et d’Allemagne était attendu », a-t-il déclaré dans un commentaire transmis à l’AFP. Il a rappelé que « nous, Européens, devons prendre plus de responsabilités pour notre sécurité ». Il a néanmoins souligné que la présence américaine en Allemagne reste « dans l’intérêt » des deux pays, en servant de « dissuasion collective ».
Sur le front économique, la présidente du lobby automobile allemand (VDA), Hildegard Müller, a réagi samedi aux menaces tarifaires. Elle avertit que de telles surtaxes entraîneraient des « coûts énormes pour l’industrie automobile allemande et européenne, déjà confrontée à des conditions très difficiles ». Elle exhorte « de toute urgence à la désescalade et à l’ouverture rapide de négociations ».
La délégation de l’UE à Washington, sollicitée par l’AFP, a indiqué que si les États-Unis ne respectent pas leur part de l’accord commercial, « nous garderons toutes les options ouvertes pour protéger les intérêts de l’UE ».
Conséquences : une dissuasion collective sous pression
Le retrait militaire américain en Allemagne s’inscrit dans un contexte stratégique fragile. Depuis l’invasion de l’Ukraine, la présence américaine sur le sol allemand est jugée centrale pour la sécurité du continent face à la menace russe. Depuis la fin de la guerre froide, cette présence avait déjà fortement diminué. Elle restait pourtant symboliquement et militairement déterminante.
La question de fond posée par Rogers et Wicker est celle du calendrier. Les nouvelles dépenses de défense européennes, même en forte hausse, « prendront du temps » avant d’être « pleinement opérationnelles ». Retirer des troupes américaines avant que ces capacités soient en place, c’est créer une fenêtre de vulnérabilité.
La présence américaine en Allemagne soutient également des milliers d’emplois et de contrats dans une économie allemande déjà fragilisée. L’UE avait rappelé jeudi que cette présence « sert également les intérêts des États-Unis ». L’argument n’a pas infléchi la décision de Washington.
La semaine à venir s’annonce décisive sur deux fronts. Les droits de douane sur les véhicules européens pourraient être relevés dès les prochains jours. L’Otan attend toujours des clarifications formelles de Washington sur le calendrier et les modalités du retrait. Le dialogue entre Trump et Merz, lui, reste ouvert mais tendu.
Source : Agence France-Presse

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