
Niger suspend les médias français et étrangers dans une décision d’application immédiate. La junte militaire vise neuf rédactions, dont RFI, France 24 et l’AFP, accusées de diffuser des contenus menaçant l’ordre public et la cohésion nationale. L’annonce tombe à quelques jours du sommet Africa Forward, prévu à Nairobi entre la France et des pays africains.
Niger suspend les médias français : neuf rédactions ciblées en même temps
Le régime militaire du Niger a annoncé vendredi la suspension d’une dizaine de médias français. L’Observatoire national de la communication (ONC) a lu cette décision sur la télévision publique nationale.
Neuf rédactions sont nommément visées : France 24, RFI, France Afrique Media, LSI Africa, l’AFP, TV5 Monde, TF1 Info, Jeune Afrique et Mediapart. L’exécution de la mesure est déclarée « immédiate ».
Le motif invoqué est la diffusion « récurrente de contenus susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de la République ».
L’ONC ne précise aucun fait concret à l’appui de cette formulation. Aucun contenu précis n’est cité dans le communiqué officiel.
Une suspension étendue à tous les canaux numériques
Niger suspend les médias français sur l’ensemble des supports disponibles, un élargissement inédit depuis le coup d’État de 2023. La décision couvre les bouquets satellitaires, les réseaux câblés, les plateformes numériques, les sites internet et les applications mobiles.
Cette approche tous supports signale une volonté d’imperméabilité informationnelle. Le régime entend couper l’accès à ces médias par chaque canal accessible depuis le territoire national.
Plusieurs des titres visés avaient déjà subi des restrictions. RFI et France 24 avaient été suspendus quelques jours après le coup d’État de juillet 2023. La BBC britannique avait été suspendue à son tour en décembre 2024.
La nouvelle liste élargit considérablement le périmètre des sanctions. L’AFP, Mediapart et Jeune Afrique apparaissent pour la première fois dans une décision de suspension nigérienne.
Un divorce politique entamé dès le putsch de 2023
Le Niger a basculé en juillet 2023. Une junte militaire renverse le président Mohamed Bazoum et prend le contrôle de cet immense pays sahélien.
Le régime engage aussitôt une rupture avec la France, ancienne puissance coloniale. L’armée française, déployée dans la lutte contre les groupes jihadistes au Sahel, est contrainte de quitter le territoire national.
La junte se tourne vers d’autres partenaires. La Russie s’impose comme interlocuteur de premier plan dans cette recomposition diplomatique.
Le discours officiel place la « souveraineté » au centre de la communication politique. La dénonciation régulière de « l’impérialisme » structure les prises de position du régime depuis le putsch.
Le Niger s’aligne sur le Mali et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ces trois pays affichent une ligne commune de rupture avec leurs anciennes tutelles occidentales.
Niger suspend les médias français dans un Sahel de plus en plus fermé
Le Niger n’agit pas seul. Mardi, le Burkina Faso a interdit la diffusion de TV5 Monde. La junte malienne avait déjà suspendu plusieurs médias français.
Ces décisions convergentes signalent une coordination au sein de l’AES. Bamako traverse une période de fragilité accrue, fragilisé par des attaques jihadistes et des offensives de rebelles touaregs d’une ampleur sans précédent. Pourtant, les restrictions sur la presse étrangère s’intensifient.
Cette synchronisation des mesures confirme une politique commune de contrôle de l’information à l’échelle de l’alliance sahélienne.
Un calendrier délibéré à la veille du sommet Africa Forward
La suspension intervient quelques jours avant le sommet Africa Forward. Cette conférence réunit la France et des pays africains à Nairobi, au Kenya.
Le Niger, le Mali et le Burkina Faso n’y participeront pas. Les trois pays avaient déjà confirmé leur absence avant l’annonce du vendredi.
Le choix du moment amplifie le signal politique. Suspendre des médias français à la veille d’un grand sommet franco-africain constitue un acte de rupture délibéré et visible.
Treize journalistes arrêtés en 2025, six encore détenus
Les journalistes nigériens sont eux aussi dans le viseur du régime. En 2025, les autorités nigériennes ont arrêté treize d’entre eux dans le pays, selon les Nations Unies, qui ont appelé à leur libération.
Six journalistes restent détenus à ce jour. Parmi les chefs d’inculpation retenus figurent « atteinte à la défense nationale » et « complot contre l’autorité de l’État ».
Cette semaine, deux libérations ont eu lieu. Gazali Abdou, correspondant de la radio allemande Deutsche Welle, et Hassane Zada, directeur de publication d’un journal régional, ont recouvré la liberté après plusieurs mois d’incarcération.
Ces libérations interviennent au moment précis où le régime suspend neuf médias étrangers.
Ce contraste illustre la gestion sélective de l’information par la junte.
Niger suspend les médias français : une chute de 37 places dans le classement RSF
Reporters sans frontières (RSF) a publié son classement 2026 de la liberté de la presse. Le Niger y dégringole de 37 places, tombant à la 120e position sur 180 pays.
Cette progression négative documente une dégradation rapide et mesurable. RSF et Amnesty International ont alerté à plusieurs reprises sur le « recul » de la liberté de la presse dans le pays.
En 2024, le régime a durci une loi réprimant la diffusion numérique de « données de nature à troubler l’ordre public ». Cette disposition juridique fournit une assise légale aux suspensions annoncées.
La même année, près de 3 000 ONG locales et étrangères ont été suspendues. Le régime les accusait de manquer de transparence et d’apporter un soutien aux « terroristes », terme officiel désignant plusieurs groupes armés actifs dans le pays.
Conséquences directes et suite attendue
Les neuf médias visés perdent tout accès légal au marché nigérien. Le régime interdit désormais toute diffusion sur le territoire national, quelle qu’en soit la forme.
Pour les journalistes nigériens travaillant comme correspondants de ces rédactions étrangères, le risque professionnel est immédiat. Leur activité devient juridiquement exposée du jour au lendemain.
Le sommet Africa Forward, prévu à Nairobi, pourrait constituer un cadre de réponse collective. La France et ses partenaires africains disposent d’un forum pour formuler une position commune sur la liberté de la presse au Sahel.
Le Niger a construit une posture d’autonomie face aux pressions extérieures. La junte présentera toute réaction internationale comme une ingérence, renforçant son récit souverainiste.
La liberté de la presse dans le Sahel s’impose ainsi comme un enjeu central dans la recomposition des relations entre l’Afrique et les anciennes puissances coloniales.
Source : Agence France-Presse

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