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Dr Annie Kameni : « Le rapport sexuel est une question de santé »

Trans Afrique

Dr Annie Kameni  est Urologue chirurgien, en service à l’hôpital de district  de Bonassama. Avec elle,  nous avons parlé de la dysfonction érectile. Et l’importance des rapports sexuels dans une relation.

C’est quoi la dysfonction érectile ?

La dysfonction érectile, c’est l’incapacité répétée ou bien définitive d’obtenir une érection satisfaisante. Et ceci dans le but d’accomplir un rapport sexuel. C’est une pathologie qui est assez courante. Un problème qu’on rencontre fréquemment en consultation et peut être un symptôme d’une maladie plus grave.

A quel moment peut-on parler de dysfonctionnements érectiles précisément?

On peut parler de dysfonctionnements érectiles lorsqu’un homme ne parvient pas à obtenir une érection suffisamment dure. Pour parler d’une bonne érection, le pénis doit avoir une bonne ténacité, c’est-à-dire que la dureté du pénis doit être suffisante pour pouvoir permettre une pénétration.

Donc on parle de dysfonction lorsqu’il n’y a pas cette dureté du pénis lors du gonflement des corps caverneux. Ou alors lorsque cette dureté du pénis est obtenue mais est de courte durée,. C’est-à-dire que le patient a des érections qui ne durent pas pour lui permettre d’avoir un rapport sexuel satisfaisant.

Quelle doit être la durée moyenne d’une érection?

La durée moyenne d’une érection, doit être environ 15 à 20 minutes pour pouvoir permettre un rapport sexuel satisfaisant. Donc depuis la phase d’excitation jusqu’à la phase de pénétration et de jouissance.

Qu’est-ce qui peut être l’origine de tout ça?

La dysfonction érectile peut être la phase cachée de plusieurs pathologies. Et ça peut être parfois très souvent chez les hommes de plus d’un certain âge. A la cinquantaine. La dysfonction érectile peut cacher le mauvais fonctionnement du cœur. C’est-à-dire que pour pouvoir obtenir une érection suffisante, il faudrait que le cœur pompe suffisamment.

Donc lorsque le cœur ne pompe pas assez afin de permettre un remplissage des corps caverneux. Du coup, on ne peut pas avoir des érections. Et la dysfonction érectile peut être, comme on le dit très souvent, le symptôme sentinelle d’une maladie cardiovasculaire.

Complication des infections urogénitales

La dysfonction érectile peut être aussi la complication d’un diabète chronique qui n’a pas été pris en charge suffisamment. Elle peut être aussi la complication des infections urogénitales répétées chez les hommes. La dysfonction érectile peut aussi être le mal-être. En parlant de la santé mentale, le symptôme d’un mal-être chez un homme.

Vous savez qu’obtenir une érection chez un homme, ça met en jeu le système nerveux sympathique. Et un homme qui ne dort pas bien. Qui n’est pas bien dans sa peau, qui n’est pas bien dans son travail. Ou bien qui est sujet à un stress chronique aigu peut ne pas avoir de bonnes érections. Donc la dysfonction érectile peut être le symptôme ou la face visible de plusieurs pathologies méconnues. Et qui peuvent être assez graves.

Il y a des langues qui disent qu’un homme qui supplie longtemps sa copine ou sa femme pour avoir un rapport sexuel, cela peut aussi être l’une des origines.

Oui, l’origine, à ce moment-là, c’est la partie psychologique de la dysfonction érectile. Ça s’appelle l’anxiété de performances. Parce qu’un homme qui a attendu ce moment trop longtemps, lorsque le moment arrive, il s’est tellement mis sous pression.

En fait, ça fait que l’érection ne vient pas. Donc c’est ce qu’on appelle l’anxiété de performances. Parce qu’il a trop longtemps attendu. La forte pression qu’il a mise dans cette attente  fait en sorte. Qu’il y ait plutôt une inhibition de ce qui devrait arriver.

Donc ça, c’est vrai d’une part et c’est quelque chose qui est connue. Surtout chez les jeunes garçons qui rencontrent une fille. Ou bien même chez les hommes adultes qui ont eu une partenaire qu’ils convoitaient depuis longtemps. Et que lorsque la partenaire cède enfin, il se dit, est-ce que je vais y arriver ? C’est ce qui se dit en lui. Est-ce que je vais y arriver ? Il se met tellement de pression qu’au finish, l’érection ne vient pas.

Les dysfonctions érectiles, même les plus jeunes, en sont victimes. Est-ce que le mode de vie actuel n’est pas pour quelque chose dans tout ça ?

Oui, il y a aussi une part de cela, c’est-à-dire le mode de vie. Parce qu’aujourd’hui, on se rend compte que les jeunes sont de plus en plus sujets à des infections. Il y a des infections sexuellement transmissibles qui peuvent entraver la qualité des érections.

Et ces jeunes-là vont venir dans les tableaux d’infections sexuellement transmissibles chroniques. Qui vont donc entraver la qualité des érections. Mais ces jeunes aussi, parce qu’ils sont un peu emprunts aux réseaux sociaux. Aux images érotiques, donc ils vont tellement se mettre la pression. En s’imaginant des choses qui ne sont pas effectivement ça dans la réalité.

Et quand ils sont dans le contexte d’avoir peut-être leur premier rapport sexuel, auront des échecs. Parce que c’est la composante psychologique qui est mise en place là. Le jeune garçon s’étant fait des films sur ce qu’il voit à la télé ou bien dans les images. Et que ce n’est pas ça la réalité, il se dit peut-être qu’il n’y arrivera pas.

Une dysfonction érectile

Au final, il développe une dysfonction érectile. Mais c’est un peu différent de la dysfonction qui est vraiment la pathologie. Parce qu’ici, avec un bon suivi psychologique, un accompagnement. Des conseils sur l’estime de soi, sur la confiance en soi, il peut reprendre une vie sexuelle normale.

Mais c’est différent de chez les jeunes personnes, ou bien les adultes, qui ont plutôt des pathologies connues. Organiques, qui peuvent être soit des infections ou bien des maladies cardiovasculaires. Parce que compte tenu du mode de vie, on a des infections cardiovasculaires qu’on rencontre chez les personnes jeunes. Ce qu’on n’avait pas avant. Ou bien qu’il y ait des jeunes hommes qui sont aussi diabétiques.

Tout ça, c’est aussi le mode de vie, l’alimentation, la sédentarité, et peut-être la prise excessive d’alcool qu’on rencontre.

On voit les compétitions dans l’alcool aujourd’hui. Est-ce que ce n’est pas aussi un autre facteur?

Effectivement, c’est de ça que regroupe totalement le mode de vie. C’est-à-dire que l’alcoolisme, le tabagisme. Parce qu’on voit aussi les enfants aujourd’hui, les jeunes, qui sont sous l’emprise des drogues. De la cigarette, du tabac, de la chicha, et qui vont développer par la suite ces pathologies au niveau vasculaire.

Parce que les corps caverneux, c’est-à-dire que ces deux tubes qui gonflent lors de l’érection, sont faits uniquement de vaisseaux sanguins. Et lorsque la paroi de ces vaisseaux est devenue défaillante, le sang n’arrive plus à être contenu dans ces corps caverneux. Donc, il ne peut plus avoir une érection suffisamment dure pour pouvoir permettre une pénétration et un rapport sexuel satisfaisant.

Est-ce qu’on peut guérir de ce mal, et comment faire ?

Bien sûr, la dysfonction érectile est bien prise en charge du moment où la pathologie sous-jacente est connue. A été retrouvée, mise en exergue, le traitement suit. Si c’est un diabète, il faut l’équilibrer. Si c’est une insuffisance cardiaque ou bien des cardiopathies. Il y a un traitement qui sera pris chez le cardiologue avec un suivi régulier.

Si c’est un problème psychologique, c’est-à-dire peut-être un épisode de stress aigu ou stress post-traumatique, la prise en charge psychologique. Ou bien pluridisciplinaire va se mettre en place et le patient peut retrouver une sexualité normale. Si c’est aussi peut-être dans le cadre d’un accident.

L’avènement des motos…

Parce qu’il peut y avoir aujourd’hui l’avènement des motos, les accidents de la voie publique. On a aussi des jeunes qui ont eu des fractures du bassin ou qui ont eu des plaies délabrantes. Au niveau des organes génitaux qui peuvent ne pas avoir des érections suffisantes.

Et si vraiment ces infections sont corrigées, on peut essayer d’aider ces patients à avoir une vie sexuelle épanouie. Donc la dysfonction érectile peut être la maladie dans son ensemble. Mais elle peut être aussi le symptôme d’une maladie sous-jacente.

Et lorsqu’elle est le symptôme, lorsque la maladie derrière est traitée, la dysfonction disparaît. Mais lorsque c’est la maladie en elle-même, ce sera une prise en charge plus disciplinée avec l’apport des psychologues. Des endocrinologues et des urologues parfois, très souvent, qui va permettre d’avoir une meilleure prise en charge.

Est-ce qu’il y a une différence entre une panne sexuelle et un dysfonctionnement érectile?

La panne sexuelle, je crois que c’est dans le jargon commun. Dans la vie d’un homme, il peut avoir un moment où on a une dysfonction érectile. Ça peut être parfois qu’il y a un manque de sommeil. Cela peut être parfois parce qu’on est pris dans le boulot.

Dans le train-train quotidien mis sous l’effet d’un fort stress. Donc, ça peut arriver comme ça. Je peux dire de la rue, la panne, c’est lorsque c’est arrivé une fois et qu’après, plus rien. Alors que la dysfonction érectile, c’est quand ça s’est répété. À ce moment, il faudrait savoir pourquoi elle revient à chaque fois.

Est-ce que c’est un mal qui touche aussi les femmes? Comment est-ce que ça est ressenti là-bas?

Quand on parle de dysfonctionnement érectile, c’est un dysfonctionnement du corps érecteur qui est ici, chez l’homme, le pénis. Chez la femme, le corps érecteur, c’est le clitoris. Donc, ça peut arriver. Etant donné que la femme a cet organe érecteur, son clitoris fait pratiquement de la même façon que le pénis. Oui, ça peut arriver.

Mais chez l’homme, c’est un organe qui est plus voyant et qui est plus utile. Du coup, c’est lui qui pose problème. Parce que chez la femme, le clitoris, n’est pas très utilisé, si ce n’est dans la phase d’excitation. Ce n’est pas comme si c’était l’organe émetteur, comme chez l’homme. C’est quelque chose qui existe aussi chez la femme, mais qui n’est pas très souvent décrit, pas souvent rencontré. Et dont on a très peu d’informations dessus.

Est-ce qu’il y a un rapport entre, le dysfonctionnement érectile et la frigidité ?

La frigidité, c’est plus comme une femme qui n’éprouve pas de plaisir. C’est-à-dire toutes ces zones érogènes ont été caressées et elle ne n’éprouve pas de plaisir. C’est différent de la dysfonction érectile. Le dysfonctionnement érectile, c’est une incapacité répétée ou qui va durer d’obtenir des érections suffisantes pour permettre le rapport sexuel.

Donc, c’est-à-dire que l’homme, il peut être excité, mais il n’arrive pas à avoir un gonflement de ses corps caverneux. Qui va pouvoir maintenant permettre d’avoir un rapport sexuel. Alors que la frigidité chez la femme, qu’elle ne ressent aucun plaisir. Malgré tout ce qui a été fait, ne parvient pas à la jouissance. Ce n’est pas la même chose. Mais au finish, puisque le tout, c’est avoir du plaisir, on peut dire que ça se rapproche quand même.

A partir de quel âge concrètement peut-on avoir affaire à ce problème de dysfonctionnement érectile dans l’organisme normal. Qui n’a pas certaines maladies que vous avez citées, le diabète, autre chose qui n’est pas symptomatique ? À partir de quel âge doit-on commencer à sentir cela ?

Il n’y a pas d’âge. Simplement parce qu’on prend conscience qu’on a une dysfonction érectile quand on veut passer à l’acte. Donc, je dirais que tout jeune homme qui est déjà sexuellement actif peut être sujet d’une dysfonction érectile. Je ne peux pas donner un âge.

Parce qu’aujourd’hui, on a constaté que les jeunes garçons sont de plus en plus précoces. On a les garçons, à partir de 11 ans. Qui ont eu leur premier rapport sexuel à 14 ans. C’est ce qu’il n’y avait pas avant. Je dirais simplement qu’on peut être conforté à une dysfonction érectile lorsqu’on est déjà sexuellement actif.

Parce que c’est lorsqu’on veut passer à l’acte qu’on se rend compte qu’effectivement, on ne parvient pas à avoir son érection. Et à ce moment-là, on va parler d’une dysfonction érectile. Il y a les réseaux sociaux qui nous donnent autant d’astuces pour multiplier les performances. Si vous avez un conseil à donner aux hommes….

Le seul conseil que je veux donner, c’est que, comme je vous l’ai dit d’antan, la dysfonction érectile, c’est un symptôme sentinelle. Ça peut être le symptôme d’une maladie sous-jacente et puis une maladie plus grave. Donc, un homme qui est confronté à une dysfonction érectile, il serait mieux de consulter soit son médecin généraliste, soit son médecin de famille, soit venir voir son urologue.

On va faire des bilans pour écarter justement cette pathologie-là. Et si c’est juste une dysfonction érectile isolée qui peut être vraiment inaugurale, on va essayer d’enquêter. Pour savoir ce qui s’est passé, dans quel contexte est-ce que c’est venu. Et quand le patient lui-même prend conscience des circonstances dans lesquelles cette dysfonction est venue, il fera plus attention.

Un conseil à donner aux femmes et aux hommes, parce que l’activité sexuelle c’est entre deux personnes…

Je leur dirais que la sexualité, c’est deux personnes. C’est un échange. C’est un partage. Et c’est le terrain d’une communion. C’est le moment du donner et du recevoir Et ça va dans les deux sens. Parfois, en consultation, on rencontre des hommes qui ont des dysfonctions érectiles. Qui sont survenus après des frustrations, après des maltraitances, de la part de leur partenaire. Donc j’exhorte les femmes.

C’est vrai que parfois, on n’est pas disposé à avoir une intimité ou avoir des rapports sexuels. Mais n’oublions pas que si aujourd’hui on frustre notre homme. Le jour où on voudra est que la façon dont il a accueilli cette frustration. Peut déteindre sur les rapports sexuels futurs.

Je veux simplement de dire aux femmes de toujours penser que c’est un moment de communion, de partage, d’échange. Et qu’on pourrait quand même parfois mettre nos peines, nos frustrations, nos énervements en sourdine.

Et peut-être c’est le moment de se réconcilier. Même si monsieur a fait quelque chose il y a de cela un an, deux ans, la veille, les choses passées. Disons-nous que c’est un moment où moi je prends du plaisir. Et lui aussi prend du plaisir et qu’on oublie nos griefs.

La dysfonction érectile, une épreuve difficile pour les hommes.

Docteur, le rapport sexuel est-il fait banal ou une question de santé?

Le rapport sexuel c’est une question de santé parce que c’est le moment où toutes les hormones sont produites. Les hormones du bonheur, les hormones de la joie, de la sérotonine, la dopamine, qui sont produites. Et qui sont les hormones qui vont aller contrecarrer l’hormone du stress, qui est le cortisol.

Et un homme qui est tout le temps stressé, qui a beaucoup produit du cortisol, est à même de faire toutes les maladies qu’on peut décrire. C’est-à-dire diabète, hypertension, Avc, vraiment toutes ces mauvaises maladies-là.

Par contre, quand on a fait des rapports sexuels, qu’on a produit autant de dopamine, autant de sérotonine, on va mieux dormir. On sera plus heureux et on va voir l’avenir en rose.

Et les femmes qui ont pris l’habitude de dire qu’elles n’ont pas la tête dans ça?

Non, mais ça dépend de comment on les aborde, je ne pense pas. Toutes les femmes ont aussi besoin de rapports sexuels. Quand une femme devient déjà agressive, ça veut dire que parfois elle a été frustrée sur ce plan-là. Et puis ça dépend.

Il y en a qui sont dans les problèmes. Qui sont à la quête de l’emploi. Et puis on entend dire, je n’ai pas la tête dans ça, il faut attendre que je trouve du travail. Est-ce une bonne attitude?

Je ne saurais pas répondre à la place de ces dames-là. Mais ça dépend comment l’homme aborde, cette partenaire. Je dis juste qu’il ne faut pas attendre trop longtemps pour entretenir des rapports sexuels. Un homme qui a trop longtemps attendu une femme, peut avoir une dysfonction érectile. Ce que j’ai appelé l’anxiété de performance.

Donc ça peut engendrer une dysfonction érectile lorsque le rapport sexuel se présente. Maintenant, dans un couple, c’est normal d’avoir des rapports sexuels parce que ça doit être aussi fréquent que possible. Et quand vraiment les dispositions sur le plan de la santé ou bien sur le plan de l’humeur sont présentes. Parce que c’est comme se nourrir.

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