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Cabral Libii et Morgan Palmer : les récits

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À l’approche des législatives et des municipales, la rupture entre Cabral Libii et Morgan Palmer tourne à la guerre ouverte. Au départ, une offre de 200 millions de francs CFA que le président du PCRN dit avoir refusée en 2018. À l’arrivée, des révélations annoncées, des démentis jurés et des soupçons de manœuvres autour de la vice-présidence. Chacun raconte. Personne ne prouve.

I. Les 200 millions de 2018 : l’étincelle de l’affaire Cabral Libii

Ce que Cabral Libii a dit, et ce qu’il n’a pas dit

Le 4 octobre 2026, sur Obama Time, Cabral Libii revient sur la proposition d’entrer au gouvernement qu’il dit avoir reçue après la présidentielle de 2018. Il ajoute alors un détail : « Derrière cette proposition, il y avait un montant aussi. » Deux cents millions de francs CFA, qu’il affirme avoir déclinés. L’offre financière, précise-t-il, est arrivée « bien avant » l’offre ministérielle.

Le député ne nomme pas l’émissaire. Il le décrit pourtant comme un homme qu’il voit « interviewer beaucoup de gens maintenant qui font des révélations » et qui était, « à l’époque, assez proche du cabinet civil ». Le portrait reste transparent. Or désigner sans nommer permet d’accuser sans assumer.

Deux nuances comptent. D’abord, Cabral Libii ne parle pas de corruption. L’offre « partait de bonne foi », dit-il, pour « m’encourager tout simplement », sans rien demander en retour. Ensuite, sur le poste ministériel, il corrige lui-même le mot « décliné ». Il dit avoir demandé à rencontrer le chef de l’État pour obtenir des garanties.

Enfin, il affirme avoir raconté l’épisode « à maintes occasions ». La nouveauté ne tient donc pas à l’histoire. Elle tient au portrait de l’émissaire, dessiné au moment où Morgan Palmer occupe le devant de la scène avec ses invités venus du sérail.

Info TV met des noms sur le récit

Sur Info TV, un journaliste présenté comme enquêteur va beaucoup plus loin. Selon lui, Léon Theiller Onana, aujourd’hui président de l’OMP, aurait présenté Morgan Palmer à l’entourage du candidat comme un homme du cabinet civil. Il y aurait eu trois rencontres au rond-point Lonkak pendant la dernière semaine de campagne. Le dernier jour, le groupe aurait rattrapé Cabral Libii près d’une station Tradex à Ahala. Le candidat et ses proches seraient montés dans une Prado où se trouvait « un gros sac ». Un troisième homme, connu sous le seul nom de Nga, aurait suggéré d’affecter l’argent à la surveillance du vote.

Le récit s’épaissit donc en circulant. Au départ, Cabral Libii parlait d’une personne venue l’encourager. Désormais, Info TV parle de trois hommes, de deux voitures et d’une insistance qu’elle qualifie de « harcèlement ».

La méthode prête pourtant le flanc à la critique. Selon Morgan Palmer, le journaliste ne l’a jamais contacté. Selon un ancien vice-président d’Univers présent sur le plateau, il n’a pas joint non plus Léon Theiller Onana. Le troisième homme n’a ni prénom ni numéro. Enfin, l’enquêteur dit qu’il « n’appartient pas à un journaliste d’être juge », puis assure que « le bandit » n’avouera « jamais son crime ».

Le démenti catégorique de Morgan Palmer

Le 14 octobre, sur le Fauteuil Rouge, Morgan Palmer rejette tout en bloc. « J’ai rencontré Monsieur Libii une fois dans ma vie et cette rencontre n’a même pas fait cinq minutes et c’était devant un témoin. » Il le jure « sur la tête de mes enfants ». Selon lui, le député a voulu « se valoriser » auprès de ses militants « en se faisant passer pour le mec incorruptible ».

En réalité, le témoin s’appelle Léon Theiller Onana, celui-là même qu’Info TV présente comme l’intermédiaire. Son démenti compte. Cependant, il ne vient pas de l’extérieur de l’affaire. Toujours selon Morgan Palmer, il aurait porté plainte contre la chaîne et le journaliste.

Surtout, une question reste sans réponse. Pourquoi cette rencontre de 2018 ? « S’il le souhaite, je dirai pourquoi je le rencontrais à l’époque. » Le motif, cœur de l’affaire, dépend ainsi du bon vouloir de l’adversaire.

Pour prouver qu’il n’a aucun lien avec le palais, Morgan Palmer diffuse le message vocal d’un huissier : « J’ai eu un appel de la présidence de la République où on a besoin de vous rencontrer. » Or l’audio date de 2023. Il ne dit rien de 2018.

II. Morgan Palmer contre-attaque : collusion et guerre de succession

Le « visiteur du soir » et le mythe de l’opposant

Après le démenti vient la riposte. Morgan Palmer affirme que Cabral Libii est « un visiteur du soir » de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence. Il précise : « très tard la nuit », « même pendant la période électorale ». Il annonce des archives, des « témoins à charge », une vidéo. « Qu’il le dise et puis on apportera la preuve. » Le 14 octobre, pourtant, il ne montre rien.

La formule « enfant du système » n’a rien de neuf. Elle vient d’une archive vieille de près de deux ans, que Morgan Palmer diffuse lui-même pour prouver qu’il n’a « jamais parlé » du député. On l’y entend pourtant trancher : Cabral Libii, « c’est les enfants du système ». La pièce à décharge confirme ainsi une hostilité ancienne.

Il reste à confronter l’accusation aux propos de l’accusé. Le 4 octobre, sur Obama Time, Cabral Libii évoque justement le SGPR, « l’homme des hautes instructions ». « Non, c’est pas mon ami. » Il ajoute : « Je me suis toujours promis que le jour où je le rencontrerais, je lui poserais la question : est-ce qu’il y avait vraiment de hautes instructions ? » Il décrit même, à propos des concertations au palais avant la présidentielle, « un accaparement du pouvoir ».

Les deux versions restent inconciliables. L’une laisse entendre que le député n’a jamais rencontré Ferdinand Ngoh Ngoh. L’autre le décrit franchissant son portail à la nuit tombée. L’un des deux hommes ne dit pas la vérité. Seule une preuve permettra de savoir lequel.

Cabral Libii et l’enjeu de la vice-présidence

Le plaidoyer de Cabral Libii pour un vice-président reste public et constant. Dans une vidéo adressée au chef de l’État, rediffusée sur Obama Time, il invoque l’âge de Paul Biya, né en 1933, et l’article 8 de la Constitution, qui exige « une présence permanente ». Sur le plateau, il insiste : « Il y a urgence à avoir un vice-président. »

Son argument se veut juridique. Selon lui, la révision de 2026 réserve désormais au seul vice-président la saisine du Conseil constitutionnel pour constater la vacance. Sans vice-président, un empêchement définitif conduirait à « une impasse juridique ». « Et le cousin germain de l’impasse, c’est le chaos. »

Toutefois, la Constitution révisée dit que le président « peut » nommer un vice-président. Elle ne l’y oblige pas. Le député transforme cette faculté en urgence nationale. Il dessine aussi un profil : « un très proche, un confident, une personne de totale confiance », dotée d’une « très grande expérience de la gestion du pouvoir ». En revanche, il doute d’être choisi lui-même, « quelqu’un qui, par deux fois, a voulu le remplacer par les urnes ».

Une manœuvre téléguidée par le SGPR ?

Morgan Palmer lit toutefois ce plaidoyer autrement. « Ça fait partie d’un deal parce que monsieur Ngoh Ngoh se voit comme vice-président. » Le SGPR pousserait « ses sherpas » sur les plateaux pour imposer l’idée. Les attaques de la semaine viendraient de son « clan », dans la perspective d’une vice-présidence et des postes qui l’accompagneraient.

La question mérite d’être posée. Pourquoi un opposant fait-il sienne une réforme portée par la majorité ? Morgan Palmer la pose. Il n’y répond pas avec des faits.

Une hypothèse d’analyse, signalée comme telle, éclaire le glissement. Le profil que décrit Cabral Libii, un confident rompu à la gestion du pouvoir, correspond à plusieurs personnalités du sérail, dont le SGPR. Morgan Palmer transforme cette ressemblance en contrat. Entre un portrait-robot et un deal, il manque précisément ce qu’il promet sans le produire : la preuve.

III. Cabral Libii et Morgan Palmer : la fin d’une trêve non dite

Le passage au « coup pour coup »

Morgan Palmer s’était fixé une règle. « Je m’attaque pas aux jeunes. » Le combat, disait-il, doit viser « une caste de gens qui ont pris notre pays en otage ». Le 14 octobre, il y renonce publiquement. « Tous ces jeunes qui s’attaquent à moi aujourd’hui, eh ben, on rendra coup pour coup. »

L’aveu qui accompagne ce virage pèse plus lourd que le virage lui-même. « Nous savons tout ça depuis. » « Par respect pour ceux qui croient en eux, on se tait. » Et surtout : « Vous parlez pas de nous, on s’intéresse pas à vous. Vous parlez de nous, on dit qui vous êtes. »

Deux cas seulement restent possibles. Si l’information est vraie et démontrable, un candidat reçu la nuit par le SGPR pendant une élection relève de l’intérêt public. Les électeurs avaient alors le droit de la connaître avant le scrutin de 2025. Si elle ne l’est pas, elle devient une représaille.

Dans les deux cas, l’information change de nature. Elle cesse d’être un service rendu au public. Elle devient une arme de dissuasion, que l’on garde en réserve et que l’on sort le jour où l’on est visé soi-même.

Une cabale organisée contre Morgan Palmer ?

Par ailleurs, Morgan Palmer relie quatre interventions de la même semaine. La déclaration de Calixthe Beyala. La tribune de Gaston Kelman dans Le Messager. Le plateau d’Info TV. Les propos de Cabral Libii. Pour lui, tout part des « officines » du SGPR. L’exfiltration du caporal-chef Évariste Foula, qu’il dit avoir organisée, aurait servi de déclencheur.

La thèse se heurte pourtant à ses propres faits. Cabral Libii dit avoir raconté l’épisode « à maintes occasions ». L’affaire est entrée dans le Fauteuil Rouge par la question d’un internaute. Une coïncidence de dates ne fait pas une coordination.

Une autre lecture existe, et elle reste une hypothèse. L’affaire Foula a donné à Morgan Palmer une exposition inédite. Or, plus on parle fort, plus on est examiné. Cet examen n’a rien d’un complot.

Enfin, la méthode se retourne contre son auteur. Morgan Palmer dénonce les « portraits-robots », procédé « très malhonnête ». Dans la même soirée, il parle de Calixthe Beyala sans la nommer, se moque de ses chagrins amoureux et révèle un appel privé. John Lawson ne prend pas parti dans leur différend sur l’affaire Foula. Mais on ne peut pas condamner le portrait-robot et dessiner le sien.

Conclusion : entre Cabral Libii et Morgan Palmer, le serment remplace la preuve

Cet affrontement dit quelque chose du Cameroun d’aujourd’hui. Les plateformes numériques et leurs invités venus du sérail concurrencent désormais les partis dans la formation de l’opinion. Un live de trois heures peut ébranler une réputation bâtie en huit ans.

Cette puissance a toutefois un prix. Dans cette affaire, chacun jure et personne ne prouve. Le journaliste d’Info TV « met sa main au feu ». Morgan Palmer parle « les yeux dans les yeux ». Cabral Libii désigne sans nommer et décrit une offre « de bonne foi » venue du cabinet civil, notion pour le moins singulière.

Les deux hommes engagent donc leur crédit. Cabral Libii doit expliquer pourquoi il raconte cette histoire sans en nommer le héros. Morgan Palmer doit dire pourquoi il a rencontré le candidat en 2018 et montrer les archives qu’il annonce. À l’approche des législatives et des municipales, l’opinion attend des documents, pas des serments.

Nous ne sommes pas du côté de la sincérité qui pardonne toutes les fautes. Nous sommes du côté de la cohérence et de la vérité.

John Lawson – Décryptage politique Cameroun

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