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Tribune / « Résister ne suffit plus : il faut réformer »

Par Ike Ngouoni Aïla Oyouomi*

Président d’AILA cabinet de conseil stratégique

« Ce 2 avril, un article publié par Agence Ecofin est venu rappeler une vérité souvent oubliée dans le tumulte des discours politiques : le Gabon a été, en 2024, avec le Tchad, le principal contributeur net aux réserves de change de la CEMAC, avec une balance des transactions courantes excédentaire de 6,8 % de son PIB.

Dans une zone monétaire où les réserves sont communes, cela signifie que notre pays a su générer plus de devises qu’il n’en a consommé, tout en assurant une part essentielle de l’effort collectif de stabilité financière sous-régionale. Une performance qui, bien que peu commentée, témoigne d’une dynamique économique maîtrisée, là où d’autres États affichaient des déficits préoccupants.

Ce n’est pas un simple indicateur technique. C’est un signal de responsabilité budgétaire et de rigueur monétaire. Ce signal trouve d’ailleurs écho dans d’autres indicateurs encourageants :

  • Les recettes fiscales hors pétrole ont augmenté de plus de 12 % en un an, preuve d’un meilleur recouvrement et d’une diversification progressive ;
  • La dette publique est restée en dessous de 60 % du PIB, malgré les tensions sur le service de la dette extérieure ;
  • L’inflation a été contenue à 3,2 %, en baisse, respectant les normes communautaires de la CEMAC ;
  • Les exportations agricoles ont progressé de 18 %, confirmant le potentiel d’une économie plus diversifiée ;
  • Et le climat des affaires a connu une amélioration perceptible, avec des réformes ciblées et saluées par les milieux économiques.

Ces signaux ne sont pas encore une victoire. Mais ils marquent un infléchissement concret de notre trajectoire économique. Ils sont la preuve qu’avec un cap clair et une gestion disciplinée, le Gabon peut sortir du piège de la dépendance exclusive aux hydrocarbures.

C’est aussi en ce sens que les recommandations de la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG) prennent tout leur sens. Elles rappellent que les réformes doivent désormais aller au-delà des équilibres macroéconomiques pour toucher les réalités du terrain :

  • Réduction des délais de paiement de l’État,
  • Allègement de la pression fiscale sur les entreprises productives,
  • Accès facilité au crédit pour les PME,
  • Meilleure prévisibilité réglementaire,
  • Et surtout, un effort renforcé en faveur de la formation professionnelle et de l’emploi des jeunes.

Car un excédent extérieur, aussi remarquable soit-il, ne suffit pas à créer une économie de prospérité partagée. Il doit s’accompagner d’une stratégie inclusive, territorialisée, et tournée vers la création de valeur locale.

Le sommet de la CEMAC en décembre dernier, où le Gabon a observé une certaine réserve, avait pu être interprété à tort comme un désengagement. Les chiffres publiés aujourd’hui montrent qu’il s’agissait au contraire d’une posture lucide et responsable. Dans une union, il est parfois plus utile d’agir que de parler.

Mais la prudence d’hier ne garantit pas la réussite de demain. Si nous voulons transformer ce moment de stabilité en une ère de transformation durable, il faut intensifier les réformes, en profondeur et en cohérence.

Poursuivre la modernisation de l’administration, renforcer la transparence budgétaire, développer l’économie numérique, investir dans les filières locales, repenser notre système de formation et de soutien à l’entrepreneuriat : voilà le vrai chantier.

Les signaux sont là. Le moment est venu d’en faire une stratégie nationale de réindustrialisation et de développement équitable. Il ne s’agit plus simplement de tenir les équilibres. Il s’agit de projeter le Gabon dans l’économie de demain.

Les résultats nous encouragent. À nous désormais d’engager l’étape d’après ».

 

 

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