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Ba-Koura Amadou, un tradipraticien de la tribu des chasseurs « Mahalba » de Diffa – Le Sahel

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En Afrique, la pharmacopée joue un rôle important dans la société. Cette médecine traditionnelle se distingue de la médecine moderne par les pratiques magiques, religieuses ou souvent fondées sur l’empirisme qui la caractérise. De plus en plus, au Niger, on constate un regain d’intérêt pour les pratiques de soin traditionnel qui, jadis, étaient discréditées pour leur manque de fondement scientifique.

Les plantes médicinales constituent un patrimoine précieux pour l’humanité. Au Niger, elles constituent un patrimoine culturel et économique d’une importance incontestable. Cependant, seuls les initiés ont des connaissances pointues des plantes qui soignent, comme c’est le cas de Ba-koura Amadou, âgé de 65 ans, président de l’association des guérisseurs et chasseurs ‘’Dan tauri’ ’de la région de Diffa.

‘‘Baba May magani’’comme l’appellent toutes les femmes qui viennent sous sa tente, attire et force l’admiration de par sa connaissance et sa maitrise de la médecine traditionnelle. En effet, il a une connaissance des plantes thérapeutiques locales qu’il a héritée de ses aïeux. Et mieux, ses remèdes naturels semblent fonctionner à tout point de vue. Cet homme, dont nous avons fait la rencontre au dernier salon de l’artisanat pour la femme (SAFEM) et qui, de temps à autre, s’installe au village artisanal de wadata, propose des traitements contre des maladies comme les ulcères, l’hypertension, le diabète, et surtout les maladies relevant du mystique. « Je soigne par des plantes ; j’utilise les racines, les feuilles et les écorces et je travaille aussi en collaboration avec certains hôpitaux qui font appellent à moi face à certaines situations », a-t-il expliqué. Il s’agit de plusieurs plantes dont lui seul détient le secret.

Ba-koura Amadou exerce ce métier parce qu’il s’agit d’un don existant dans sa famille depuis des générations. « J’ai hérité de cette activité, décoctions de médicament, de mes arrières grands parents et il y a mon fils Abacar à qui j’apprends, à mon tour, les secrets des plantes. Il m’arrive aussi de partager mon savoir avec des amis et connaissances qui souhaitent revendre mes produits », nous explique le sexagénaire, tout en faisant un mélange de poudre d’écorces pour une dame venue chercher un traitement contre les mauvais esprits.

Cette année, cela fait 40 ans qu’il exerce cette activité. « J’ai, plus précisément, commencé l’année où les gazelles ont disparu de notre environnement. J’ai donc jugé utile de faire profiter les gens de mon savoir et de ma connaissance des plantes médicinales », a-t-il justifié.

Dans le stand de Ba-Koura Amadou au SAFEM

En effet, Baba May magani est issu de la tribu des chasseurs connus sous l’appellation « Dan tauri » ou « Mahalba ». Il s’agit d’un groupe de personnes qui ont fait de la chasse une activité principale. Ce métier leur permet de connaitre les plantes et d’en faire une activité commerciale. Ils sont très connus pour être des gens ‘‘mystiquement forts’’. « Par exemple, moi, je n’ai pas peur des armes blanches, couteaux, flèches, ou autres », a-t-il affirmé sans équivoque.

Outre les produits contre les ulcères ou encore le diabète, on retrouve également des produits contre les mauvaises langues, le mauvais œil, les mauvais esprits, du charisme et d’autres produits pouvant contribuer à instaurer la quiétude dans les foyers ; un produit d’ailleurs très prisé par les clientes de Ba-koura. « Parmi nos médicaments, nous avons également des potions pour guérir les sortilèges de tout genre, de la possession spirituelle à la protection contre les mangeurs d’âmes. Je soigne les gens atteints de maladies mentales dues à une possession par les génies. Aujourd’hui, l’urbanisation a détruit certains lieux sacrés, chassant les génies de leurs bosquets. Ces derniers, laissés à eux-mêmes, errent et se réfugient dans les maisons des gens », a-t-il expliqué.

Le marché est très favorable pour Ba-koura. Sous sa tente, il reçoit plusieurs témoignages de clients qui approuvent l’efficacité de ses médicaments. « Des acheteurs viennent vers moi sous des recommandations de nos anciens clients et ils viennent avec mon nom ‘’Baba maî-magani Diffa ’’ », a-t-il dit avec beaucoup de fierté.

Ba-koura attire toutes les attentions et l’affluence au niveau de son stand le confirme. Hommes et femmes se bousculent sous la tente du sexagénaire dans l’espoir de trouver des solutions à leurs maux. Relativement au prix, il a fait savoir que « Les prix des produits varient en fonction de leurs valeurs, mais, chez nous, chacun peut avoir en fonction de ses moyens ».

Rahila Tagou (ONEP)

Crédito: Link de origem

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