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Salomon Beas/MRC | Magazine Pages Jaunes

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Le mercredi 14 octobre 2026, le Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo a été le théâtre d’une joute procédurale de près de deux heures dans l’affaire MRC vs Salomon Beas. La défense a tenté de faire déclarer la juridiction incompétente au moyen d’un certificat de domicile daté de la veille. Le juge n’a pas tranché cette question à part. Il a joint l’exception au fond et fixé au lundi 19 octobre la production des moyens de défense. Selon les avocats du MRC, ce renvoi est le dernier. Décryptage d’une audience où la procédure a pris le pas sur les preuves.

Rappel : ce que le MRC reproche à Salomon Beas

En septembre 2026, Salomon Miloumi Beas accorde un entretien au cyberjournaliste Henri Ulrich Ngoko Kamgang, promoteur d’On Air Media, Magic Ngoko et Ngoko Media. Il s’y présente comme un ancien membre du Directoire du MRC. Il affirme que le parti payait des influenceurs pour « détruire Samuel Eto’o » et que Maurice Kamto « le savait ». Le 18 septembre, Samuel Eto’o relaie la vidéo sur sa page Facebook certifiée.

Le 29 septembre, le MRC fait délivrer à Salomon Beas une sommation interpellative. Il lui demande de confirmer ses propos et d’en fournir la preuve. Sa réponse est consignée dans l’assignation : « Je suis au courant de cet exploit et je n’ai pas l’intention de le recevoir. Demandez-leur de porter l’affaire devant les tribunaux ».

Le MRC, représenté par sa présidente nationale par intérim Tiriane Balbine Nadège Noah, et le Pr. Maurice Kamto saisissent alors le président du tribunal de Douala-Bonanjo. Par ordonnance n° 1499 du 9 octobre, celle-ci autorise l’assignation de Salomon Beas et d’Henri Ulrich Ngoko Kamgang en référé d’heure à heure. Les requérants demandent le dépôt au greffe des preuves des allégations. Faute de preuves, ils demandent le retrait des contenus.

Le 13 octobre, à la première audience, Salomon Beas ne comparaît pas. Son avocat, Me Paul Payere, demande un renvoi d’une semaine. Le juge fixe la suite au lendemain.

Une exception de procédure plutôt que des preuves

Le public attendait des révélations, ou au moins les premières pièces à l’appui des accusations. La défense de Salomon Beas a d’abord porté le débat sur le terrain de la forme.

Me Paul Payere soulève une exception d’incompétence territoriale. Il produit un certificat de domicile délivré par la mairie de Douala 5e, qui domicilie son client dans cet arrondissement depuis trois ans. Le document est daté du 13 octobre 2026. C’est le jour même de la première audience, à laquelle Salomon Beas n’avait pas comparu. Si l’exception avait prospéré dès cette audience, les requérants auraient dû reprendre la procédure devant une autre juridiction. Une telle décision aurait eu pour effet de retarder l’examen de la demande de retrait des contenus litigieux.

Du « portez l’affaire devant les tribunaux » à la contestation du tribunal

Soulever une exception de procédure est un droit, et nul ne peut le reprocher à un justiciable. Le contraste avec la position de départ reste pourtant frappant. Le 29 septembre, Salomon Beas renvoyait le MRC devant les tribunaux. Deux semaines plus tard, il conteste la compétence du tribunal saisi. À ce stade, rien n’indique que les preuves de ses accusations aient été déposées au greffe.

La riposte du Collectif Sylvain Souop : l’ubiquité du dommage numérique

Les avocats du MRC et du Pr. Maurice Kamto, conduits par Me Hippolyte Meli Tiakouang, contestent l’exception. Ils plaident en deux temps.

Une incompétence seulement relative

Leur premier argument tient à la nature de l’exception. Selon une « jurisprudence constante » de la Cour suprême, invoquée par Me Meli, l’incompétence territoriale n’est que relative.

Le tribunal du lieu du dommage

Le second argument porte sur le lieu du dommage. Les avocats s’appuient sur le dernier alinéa de l’article 8 du Code de procédure civile et commerciale et sur les articles 1382 et suivants du Code civil. En matière délictuelle, le tribunal du lieu où le dommage est subi est compétent. Or l’entretien circule sur YouTube, Facebook et TikTok, et se consulte donc à Bonanjo comme partout ailleurs.

Me Meli le résume dans un échange public avec un confrère : « À Bonanjo, on peut encore consulter la publication sur les plateformes de communication numérique mises à contribution ». Il va plus loin. Selon lui, les tribunaux de Paris, de Batouri, de Kribi ou de Kousseri seraient tout aussi compétents, puisque les allégations y sont accessibles.

Le juge joint l’exception d’incompétence au fond

Le juge n’a pas statué séparément sur sa compétence. Il a décidé de trancher l’ensemble du litige en même temps qu’il vérifiera cette compétence. À ce stade, l’exception n’est donc ni retenue ni rejetée. Mais elle ne suspend plus la procédure.

À la demande de Salomon Beas et du nouvel avocat d’Henri Ulrich Ngoko Kamgang, le tribunal a accordé un renvoi au lundi 19 octobre 2026 à 10 heures. Les défendeurs devront y produire leurs moyens de défense au fond. Le compte rendu du Collectif Sylvain Souop le qualifie d’« ultime renvoi ».

Un délai légal de trente jours

La loi n° 2010/013 du 21 décembre 2010 sur la cybersécurité impose au juge de statuer dans un délai de trente jours. Il devra se prononcer sur les mesures demandées par le MRC et Maurice Kamto :

  • le dépôt au greffe des preuves des allégations, sous astreinte d’un million de francs CFA par jour,
  • Faute de preuves, le retrait total et définitif des contenus litigieux sous astreinte, en attendant que la juridiction compétente fixe les dommages-intérêts.

Lundi 19 octobre : l’heure du fond

La jonction au fond ne règle pas la question de la compétence. Elle empêche seulement qu’elle serve à retarder l’examen du dossier. Le 19 octobre, Salomon Beas et le promoteur d’On Air Media devront répondre sur le fond. Ils devront exposer au tribunal les éléments sur lesquels reposent les affirmations diffusées, faute de quoi les mesures sollicitées par les requérants pourraient être ordonnées.

Les avocats du MRC ont déjà fixé leur ligne. « Derrière les communications électroniques, il se cache une forme de criminalité que les juges, même d’urgence, doivent appréhender, limiter les dégâts et les sanctionner », écrivent-ils dans leur compte rendu.

Salomon Beas avait demandé au tribunal. Lundi, c’est le tribunal qui attend ses preuves.

Questions fréquentes sur l’audience du 14 octobre

Que signifie « joindre l’exception au fond » ?

Le juge ne tranche pas la question de sa compétence avant le reste du dossier. Il l’examinera dans la même décision que le fond du litige. La procédure continue donc sans attendre.

L’exception d’incompétence de Salomon Beas a-t-elle été rejetée ?

Non. Elle n’a été ni rejetée ni retenue. Le juge se prononcera sur sa compétence en même temps que sur les demandes du MRC et de Maurice Kamto.

Pourquoi le certificat de domicile pose-t-il question ?

Il domicilie Salomon Beas à Douala 5e et sert à contester la compétence du tribunal de Douala-Bonanjo. Il est daté du 13 octobre 2026, jour de la première audience à laquelle Salomon Beas n’a pas comparu.

Quelle est la prochaine étape ?

Les défendeurs doivent produire leurs moyens de défense au fond le lundi 19 octobre 2026 à 10 heures. Le juge dispose de trente jours pour statuer.

John Lawson – Décryptage politique Cameroun

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